12 juillet : Louis et Zélie Martin : des saints de la vie ordinaire

Je dois avouer que, lorsqu'à Lisieux voici une vingtaine d'années j'ai appris qu'on travaillait pour obtenir la canonisation des parents de Sainte Thérèse, j'étais mal à l'aise et je disais : « si un jour ils sont canonisés, ce sera à cause de leur fille Thérèse ». Ce n'était pas complètement faux, mais simplement en ce sens que ce sont les écrits de Thérèse qui ont attiré l'attention sur ses parents : on peut donc penser que bien d'autres couples (peut-être même proches de nous) ont été aussi saints (Dieu seul le sait) sans que ce soit proclamé à la face du monde. Mais quand on a pu disposer des 217 lettres de Zélie, des lettres toutes simples où elle partage à ses correspondants la vie de sa famille et ses réflexions, on est bien obligé de reconnaître que sa réputation de sainteté était méritée.

Zélie est née en 1831, et Louis en 1823. Alors qu'ils ne se connaissaient pas, tous les deux ont cherché à 20 ans à entrer dans la vie religieuse, parce qu'ils pensaint que c'était le seul moyen de devenir saint. On leur a fait comprendre que ce n'était pas leur voie. Chez Louis cela déclenche une légère dépression, tandis que Zélie réagit : Mon Dieu, puisque je ne suis pas digne d'être votre épouse, j'entrerai dans l'état du mariage. Alors, je vous en prie, donnez-moi beaucoup d'enfants et qu'ils vous soient tous consacrés !

Comme disait le représentant de Benoît XVI à leur béatification : Ils nous montrent que le mariage et la vie de famille sont un chemin de sainteté aussi efficace que la vie religieuse. Même s'ils ont été canonisés ensemble le 18 octobre 2015, ce n'est pas le couple qui a été canonisé, car la sainteté est ce que chacun peut réaliser de plus personnel avec Dieu, même s'il est certain qu'ils se sont beaucoup aidés l'un l'autre : c'est un saint homme que mon mari, confiait Zélie. Il me rend bien heureuse. J'en souhaite un pareil à toutes les femmes. Et Louis disait à ses filles : votre mère est une sainte.

Dès l'âge de 22 ans, Zélie crée son entreprise de dentelle « point d'Alençon », elle aura jusqu'à 25 ouvrières et connaîtra des périodes difficiles. Louis, après avoir longuement appris son métier, s'installe à 27 ans comme horloger. Tous deux sont appréciés pour leurs qualités professionnelles et leur honnêteté. Plus tard, quand il verra sa femme débordée, Louis laissera son atelier pour se mettre au service de l'entreprise, qui devient donc familiale. Tout cela ne fait-il pas très « vingt et unième siècle » ? Surtout qu'ils ont veillé avec beaucoup de soin aux conditions de travail et à la gestion financière…

Ils se marient en 1858 : il a 35 ans et elle 27. En 19 ans de vie commune, ils vont avoir neuf enfants, dont quatre mourront en bas âge. Les cinq filles survivantes (dont Thérèse, la petite dernière) entreront quatre au Carmel de Lisieux, et une à la visitation de Caen.

Tous deux vont souffrir de maladies qui les rapprochent de nous. Zélie meurt d'un cancer du sein à 45 ans ; Louis, resté veuf à 54 ans, avec cinq filles de 17 à 4 ans. Louis va les voir toutes partir au couvent et va connaître des crises de démence qui le conduiront à l'hôpital psychiatrique, avant de mourir à 71 ans.

Qu'est-ce qui leur a permis de devenir saints dans tout cela ? D'abord un désir fort et résolu. Oui, j'ai un but, explique Louis à ses filles, et mon but c'est d'aimer Dieu. Et Zélie, à 42 ans, écrit à deux de ses filles qui sont en pension : je veux devenir une Sainte, ce ne sera pas facile, il y a bien à bûcher, et le bois est dur comme du fer. Il eût mieux valu m'y prendre plus tôt, pendant que c'était moins difficile, mais enfin mieux vaut tard que jamais. Ce qui les a aidés sur le chemin, c'est sans doute la qualité intérieure de chacun et la façon dont ils ont su « marier » leur complémentarité, en particulier la spiritualité de Louis et la vigueur de Zélie. Chez tous les deux, une grande foi, héritée de leurs parents et nourrie avec soin par le couple : prière en famille, messe chaque matin, le dimanche vécu comme « jour de Dieu et jour de la famille », la participation intense à des groupes de prière, de réflexion, d'action sociale et solidaire.

Zélie disait aussi :je veux devenir sainte, mais je ne sais pas par quel bout commencer ! Nous ne savons pas par où elle a commencé, mais nous savons  qu'elle est devenue sainte. Comme quoi l'important n'est pas de savoir, mais de commencer, c'est-à-dire de se mettre vraiment à changer quelque chose. Sans tarder. Aujourd'hui. Au plus tard demain matin… Et ensuite chaque matin me redire :   « aujourd'hui je commence ! »

Clément PICHAUD      le 6 juillet 2020

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