Jeudi Saint 2020, lavement des pieds, Jean 13, 1-15

Ne nous lassons pas de contempler Jésus en train de laver les pieds de ses disciples, car il nous révèle son grand combat à lui. Jésus n'a pas connu le Covid 19, mais toute sa vie, et particulièrement sa dernière semaine, a été un combat gigantesque entre 2 virus, un bon et un mauvais, beaucoup plus forts et mystérieux que le Covid puisqu'ils agissent dans les cœurs. Les ennemis de Jésus portaient et répandaient le virus de la haine, du mépris, du rejet, de l'exclusion ; c'était aussi le virus de la richesse qui rend aveugle et du pouvoir qui écrase.

Jésus, à genoux là par terre, en train de laver les pieds, propose simplement et offre le virus de l'amour, de l'ouverture et de l'accueil, qui est aussi le virus du service, de la solidarité, de l'humilité, de la vie donnée.

Ce virus de la bonté, il se répand tout seul, et on le reçoit facilement, pour peu qu'on ouvre ses yeux, ses oreilles, son cœur : tu vois quelqu'un rendre un beau service, ou tu entends parler d'un beau geste de solidarité, tu as envie d'en faire autant ! C'est une des plus belles choses qu'on puisse espérer de la dure crise actuelle.

Il me semble que, plus on avance dans l'épidémie, plus ces 2 virus se révèlent : pas étonnant, puisqu'ils étaient là (peut-être plus discrets ou cachés) avant l'épidémie, et on peut penser qu'ils seront là encore après. Jésus nous a indiqué le test pour reconnaître son virus à lui : c'est la pratique de l'amour fraternel (Jn 13,35), par exemple l'entraide des soignants et le courage des routiers, les bénévoles qui proposent leurs services à la voisine âgée ou pour l'accueil des SDF... Tandis que le mauvais virus semble inspirer ceux qui profitent de la course aux masques ou au médicament miracle pour se faire de l'argent....

À vrai dire, assez souvent c'est à l'intérieur de chaque cœur qu'il y a le combat entre les 2 virus, un combat que l'Abbé Pierre résumait ainsi : moi tout seul, ou les autres d'abord ? Déjà, du temps de Jésus, et devant lui, les disciples se disputaient pour avoir les places d'honneur et les avantages du pouvoir. Jésus, lui, a toujours été dans l'amour : « le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie » (Mat 20, 28). On ne le voit qu'une fois laver les pieds de ses disciples, mais il pratiquait mille autres façons de servir : charpentier à Nazareth il devait servir ses clients ; pour former ses disciples, il leur ré-explique inlassablement ce qu'ils n'ont pas compris ; à l'infirme auquel d'habitude on se contente de donner une pièce, il demande comme un serviteur : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Marc 10, 46-52) Et à ceux qu'il guérit, il dit : « Ta foi t'a sauvé ! » (Marc 5, 34), s'effaçant pour leur attribuer tout le mérite de leur guérison. Sa mort en croix est bien sûr son service suprême : « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jn 15,13).

 

Bien plus : ce service suprême (le don de sa vie) Jésus a trouvé le moyen de le faire venir jusqu'à nous en permanence sous la forme de l'eucharistie qui nourrit en nous le bon virus de l'amour. En effet, le soir du jeudi Saint, le signe du lavement des pieds s'accomplit dans le signe de l'eucharistie. Jésus prend en mains un morceau de pain et une coupe de vin, comme un homme prend sa vie en mains. Il se rompt lui-même avant d'être rompu/brisé par la bêtise, l'injustice, la haine, le péché. Enfin il se partage entre tous, avec une telle largesse qu'il se donne vraiment tout entier à chacun en disant : « C'est moi. C'est ma vie. C'est mon corps et mon sang. Pour vous et pour la multitude. Prenez, mangez, buvez et partagez. » Ce geste résumait, récapitulait, toute sa vie, son temps, son énergie, son affection, donnés, mangés, et il donnait à l'avance le sens profond de ce qui allait se passer juste après : son arrestation, son procès, sa mise à mort, mais aussi sa glorification auprès du Père, toute une vie donnée, consacrée. Il a simplement ajouté : « Faites comme j'ai fait ! » C'est-à-dire non pas seulement célébrez l'eucharistie toutes les fois que vous pourrez, mais surtout rendez-vous service en vous lavant les pieds les uns aux autres (Jean 13,14-15) et plus profondément donnez votre vie, autant que vous le pouvez, pour le bien des autres.

Nous voilà de quoi faire, pour notre confinement, et pour toute notre vie…

 

On peut prier à partir de ce texte avec les mots de tous les jours : Bravo Jésus pour ton exemple et ton Eucharistie, Merci de nous les avoir donnés, Pardon pour les fois où je m'en écarte, S'il te plaît, aide-moi à les vivre mieux !

Clément PICHAUD

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