Pèlerinage du 6 septembre au Centre Spirituel de Chaillé les Marais

Homélie du Père Clément Pichaud, supérieur des Missionnaires de la Plaine

Luc 6, 12-19 (6 septembre 2020)

Ce court évangile a été commenté par le pape François lors de la création de 15 nouveaux cardinaux (19 novembre 2016), et son commentaire sur la plaine nous a tellement parlé, à nous Missionnaires de la Plaine, qu'il a orienté tout le travail de notre récent chapitre sur ce que nous voulons vivre dans les 6 prochaines années.
Donc Jésus gravit la montagne avec ses disciples et, après avoir passé la nuit en prière, il en choisit 12 qu'il nomme apôtres pour porter la Bonne Nouvelle. Et leur formation commence tout de suite : c'est simple, il les fait descendre de la montagne. En effet, note le pape François, les 12 choisis pourraient bien être tentés de rester tranquillement sur la montagne, comme Pierre à la transfiguration :

Seigneur, comme on est bien ici avec toi ! On va installer des tentes… Eh bien non ! dit le pape : Jésus leur demande de se mettre en route vers la plaine, et il descend avec eux là où une multitude l'attendait pour l'écouter et pour se faire guérir. Ainsi, conclut le pape : au lieu de les maintenir en haut sur la montagne, Jésus les conduit au cœur de la foule, les met au milieu des tourments des uns et des autres, au niveau de leur vie.

C'est bien la mission que nous a donnée notre fondateur, le père Gabriel Martin, au début du vingtième siècle. Allez dans la plaine ! disait-il à ses compagnons qui découvraient ce sud Vendée, fait de plaine et de marais, qu'ils estimaient loin de Dieu en raison du faible niveau de la pratique religieuse... et cela donnera naissance aux Missionnaires de la Plaine en 1928.

Allez dans la plaine ! disait-il aussi à des jeunes femmes qu'il envoyait dans les familles, soigner les malades et veiller les mourants, permettre aux enfants de découvrir la foi et aux jeunes de bien entrer dans la vie... et cela donnera naissance aux sœurs Oblates de Sainte Thérèse. Mais, très vite, les uns et les autres ont bien vu que « la Plaine » (au sens de réalité peu chrétienne) était partout, et ils sont partis en divers points de Vendée, de France et du monde, jusqu'en Afrique centrale pour les sœurs et à Madagascar pour nous.

Ces 2 congrégations, (et même une troisième : les Missionnaires de Sainte Thérèse) le fondateur les a confiées à Sainte Thérèse de Lisieux grâce à laquelle lui-même a découvert, à 35 ans, la miséricorde, et toute la suite de sa vie en a été marquée.

Le pape François explique qu'en choisissant d'emmener ses apôtres dans la plaine, Jésus nous révèle que le vrai sommet n'est pas sur la montagne, mais dans la plaine. Et ce sommet, dit-il, c'est la révélation de la miséricorde avec cet appel de Jésus : soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux (Luc 6, 36). Le Père est miséricordieux quand il se précipite au secours de ses enfants en difficulté, non pas parce qu'eux le mériteraient, mais parce que lui ne peut pas s'empêcher de les aimer. Et nous sommes donc invités à faire de même…

Melle Babinot, l'inoubliable institutrice de Champagné, aimait raconter comment, enfant, elle a été formée par le bulletin des MDP auquel sa tante était abonnée : comme elle ne savait pas lire, elle me faisait faire la lecture et elle me disait souvent : «Relis chet'ligne. Te voué, ma p'tite feuill', la p'tit' Thérèse été un modèle, a l'aimé bé l'bon Dieu. » Et elle expliquait avec ses mots tout simples l'esprit de Thérèse, cet esprit je l'ai bu comme ça, ma tante m'en imprégnait. Si bien que Mademoiselle Babinot a compris qu'au lieu de partir en Afrique comme elle l'avait longtemps envisagé, elle ferait mieux de rester ici : je peux être missionnaire tout simplement en aimant le bon Dieu et en faisant mon devoir d'état le mieux possible.

En 1979, lors du cinquantenaire de notre arrivée ici, un homme de Chaillé parlait ainsi de deux de nos aînés : le père Laurent Maigourd, il

nous aimait, c'est incroyable… Il m'a appris les Évangiles. Il m'a donné des livres de Sainte Thérèse. J'ai encore en mémoire des paroles d'elle qui me reviennent dans ma prière... Avec le père Robion et la JAC, on faisait toutes sortes d'activités. Dans le pays il y avait une coupure entre les gens : d'un côté les pratiquants, de l'autre les anticléricaux. Cette coupure existait depuis longtemps, mais on essayait de nous ouvrir, et actuellement il y a bien des choses qui ont changé dans les mentalités.

Un autre homme : ce qui m'a le plus marqué chez les MDP, c'est que ce sont des prêtres qui réfléchissent et travaillent ensemble : ils sont religieux et ils mettent en commun, comme nous en CUMA et en GAEC.

Une femme souligne d'autres aspects : ils priaient ensemble le matin à l'église. Ils étaient missionnaires en allant vers leurs paroissiens, s'intéressant à leur travail, partageant leurs joies et leurs peines… J'ai été initiée à la prière personnelle, j'ai reçu un approfondissement de ma foi et une orientation spirituelle vers plus de confiance… C'est la collaboration avec les pères qui a décidé de l'orientation apostolique de ma vie professionnelle et de mon engagement sur le plan municipal.

Une autre souligne un point important de l'action des MDP : vers 1965-70, nous avons dû unir nos paroisses dans une communauté de secteur, ce qui signifie des adaptations, de nouvelles exigences : il a fallu combattre l'égoïsme de nos frontières paroissiales.

Ce que les Missionnaires de la Plaine ont vécu depuis bientôt 100 ans, de leur mieux malgré leurs limites et leurs faiblesses, d'autres prêtres le vivent et d'autres continueront, mais dans des conditions très différentes. Beaucoup de laïcs aussi le vivent (je peux en témoigner) sur la paroisse de Chaillé et ailleurs. Bientôt il n'y aura plus de Missionnaires de la Plaine, mais depuis plus de 25 ans, des dizaines de chrétiens nous ont progressivement rejoints pour s'abreuver aux mêmes sources que nous. Ils sont aujourd'hui quelques 130 dans la Fraternité missionnaire de la Plaine et de Sainte Thérèse qui est maintenant sous leur propre responsabilité, et des dizaines frappent à la porte. Les membres se retrouvent tous les mois en  plus de 20 fraternités locales qui s'épaulent mutuellement, en Vendée et Charente-Maritime. On voit se multiplier d'autres groupes plus ou moins semblables (par exemple avec les sœurs de Mormaison et les pères et sœurs de Chavagnes). Et nous sommes de plus en plus nombreux à penser que, pour être chrétien dans ce vingt et unième siècle, dans des bouleversements mondiaux où l'Évangile peine à trouver sa place, il faudra de plus en plus de tels petits groupes, pour partager, prier ensemble et se soutenir mutuellement comme l'explique une femme de notre Fraternité : nous nous entraidons pour vivre la mission dans les plaines qui sont les nôtres. Car pour nous la plaine est dans nos familles et dans tout « l'ordinaire de nos vies » : le travail, les engagements associatifs, civiques, en Eglise… dans les rencontres avec les jeunes, les couples, les parents qui demandent le baptême de leurs enfants, les catéchumènes, les migrants, les SDF, les familles blessées, les personnes malades, âgées ou en fin de vie… Ces rencontres où se manifeste la présence de Dieu à travers les « gestes d'amour et de tendresse », « les petites attentions, les regards qui donnent confiance, les sourires qui donnent courage » 

© 2019 par Fraternité Missionnaire de la Plaine et de Ste Thérèse