La famille Martin et notre Coronavirus

La question était : est-ce que les parents Martin, puis Thérèse elle-même, ont connu des situations plus ou moins semblables à celle que nous connaissons en ce moment ?

Si oui, comment cela s'est-il passé pour eux, est-ce que ça peut éclairer ce que nous avons à vivre ?

Thérèse dans une épidémie de grippe

L'hiver 1891-92 connut une terrible épidémie de grippe "influenza". Au Carmel de Lisieux, qui comptait 24 sœurs, 3 sont décédées en 6 jours dès le début de janvier. Thérèse raconte : « J'étais seule debout avec 2 autres sœurs, jamais je ne pourrai dire tout ce que j'ai vu, ce que m'a paru la vie et tout ce qui passe… Le jour de mes 19 ans fut fêté par une mort, bientôt suivie de 2 autres. À cette époque j'étais seule à la sacristie ... La mort régnait partout, les plus malades étaient soignées par celles qui se traînaient à peine, aussitôt qu'une sœur avait rendu le dernier soupir on était obligé de la laisser seule. » (A 79r).

Mais elle ajoute : « Au milieu de cet abandon, je sentais que le bon Dieu veillait sur nous. C'était sans effort que les mourantes passaient à une vie meilleure, aussitôt après leur mort une expression de joie et de paix se répandait sur le retrait, on aurait dit un doux sommeil ; s'en était bien un véritablement puisque après que la figure de ce monde aura passé, elles se réveilleront pour jouir éternellement des délices réservés aux élus… » (A 79v). L'aumônier continue de célébrer la messe. Thérèse et les 2 sœurs valides peuvent communier chaque jour, sans avoir à demander aucune permission. Communier tous les jours, c'était la réalisation d'un grand désir de Thérèse : « Ah ! Que c'était doux ! » (A 79v). Si bien qu'une sœur lui dit : « Pourquoi donc communiez-vous tous les jours ? On ne voit pas en quoi vous le méritez plus que les autres. » Thérèse ne répond pas…

6 ans plus tard elle écrira : « Le bon Dieu m'a donné bien des forces à ce moment, je me demande maintenant comment j'ai pu faire sans frayeur tout ce que j'ai fait ».

Une responsable témoignera : « Sœur Thérèse se multiplia près des sœurs malades et mourantes, ainsi qu'à la sacristie, avec un calme, une présence d'esprit et une intelligence qui n'étaient point ordinaires. Notre supérieur, Monsieur Delatroëtte, qui avait été si hostile à son entrée, en fut frappé chaque fois qu'il venait voir ses filles. Il entrevit dès lors en cette enfant un sujet de grande espérance pour l'avenir de la communauté. »

L'épidémie étend ses ravages en France et en Europe à tel point que Rome dispense les fidèles de l'abstinence et du jeûne, si bien que le Carmel, habitué à se passer de viande, en achète. Mais il n'y eut vraiment pas d'excès, car sœur Thérèse qui avait tant donné d'elle-même, n'avait droit qu'à «quatre bouchées de viande ». Autre conséquence de l'épidémie : les élections de la prieure et de la sous-prieure, qui auraient dû avoir lieu en février, sont reportées.

 

 

Clément Pichaud, mars 2020, pendant l'épidémie du Covid 19

© 2019 par Fraternité Missionnaire de la Plaine et de Ste Thérèse